20/03/2024

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Sans filtre #4 - Investir dans l'art, légende urbaine ?

Voilà un sujet qui véritablement a besoin d’être traité, éclairci, pour ne pas dire démystifié…
Car il est réellement encré dans nos esprits que l’Art est un investissement… Il n’y a qu’à voir le nombre de fois, quasi quotidiennement, où, en galerie, des visiteurs intéressés par une œuvre m’interrogent : « c’est un bon investissement » ? « Cet artiste est côté » ? M’amenant parfois à plus me sentir plus revêtu du costume de conseiller en fiscalité, en gestion patrimoniale voire du trader en bourse… que celui d’amateur d’Art devenu galeriste.

Il faut admettre que tout est fait pour que l’on associe l’art à investissement, à la plus-value, voire à la spéculation… Quand on ne s’intéresse pas particulièrement au marché de l’Art, nous en entendons parler au JT qu’exclusivement lorsqu’il y a un nouveau record de vente aux enchères battu (à coups de dizaines de millions d’euros), d’un scandale fiscal ou de faussaire, ou encore de la chance d’un veinard qui découvre un Rembrandt dans son grenier ou sur un étal de brocante de province. Et l’Art n’est-il pas réputé d’être une valeur refuge en cas de crise comme l’or ?

Conséquence : pour bon nombre de personnes, acheter une œuvre d’art est du ressort de l’investissement avec une probabilité, voire un espoir, ou pire, une volonté de faire une plus-value. Et vous connaissez maintenant, je pense, mon credo : acheter de l’Art est une question d’émotion, de plaisir, de rencontre « amoureuse ». Épouseriez-vous une personne juste parce qu’elle est « bankable » ?  

Alors il est temps de remettre la balle au centre, et de clarifier ce sujet.

 #1 ART ET INVESTISSEMENT : LES DOMMAGES COLLATERAUX

Attention, je ne dis pas que l’Art n’est pas sujet à plus-value, je vais dire le contraire plus bas… Je dis en revanche que de le voir, le percevoir comme un investissement est une erreur… au détriment de l’Art lui-même

  1. Le complexe de l’expertise.
    Associer l’Art à un investissement éloigne bon nombre de personnes de l’achat d’une œuvre, parce qu’elles se disent non initiées… Forcément ! Si vous ne connaissez rien à la bourse, iriez-vous mettre 3000 euros dans des actions ? Au mieux, vous mettrez 500 euros, pour « jouer », limitant le risque. Les non-initiés s’avèrent donc frileux à l’idée d’acheter une œuvre. Question que ces mêmes personnes, pourtant, ne se posent pas pour acheter un canapé à 2000 euros…
  2. Le culte de l’élitisme.
    Forcément, dès lors que l’on parle ou entend parler de l’Art qu’au sujet d’œuvre à des prix inabordables pour 99,99% de la population, cela entretient la vision que l’art est réservé à une élite financière, est inabordable. Ce qui, rappelons-le, est faux. Tous les artistes qui se vendent à prix d’or aujourd’hui ont débuté… Et étaient à des prix initialement abordables !

  3. L'art de la spéculation.
    Pour autant, oui, réaliser une plus-value sur une œuvre est possible. Pire, le marché est ainsi fait (et non régulé comme l’est la bourse), que manipuler la côte d’un artiste est possible et peut s’avérer… Très rentable. Mais en raison de cela, les artistes qui « grimpent », ne le sont pas forcément pour leur Talent, mais parce qu’ils sont bankable. La spéculation autour du « produit financier » qu’est devenu l’art propulse des artistes pour des raisons, des motivations autres qu’artistiques. Sans compter que la starification (et le marketing) des artistes gonflent les prix sur la base de leur carnet d’adresse plus que de leur reconnaissance du monde de l’Art au sens « critique » du terme.

 

#2 INVESTIR DANS L’ART : CHANCE, PATIENCE, ET/OU MANIPULATION

Acheter une œuvre, c’est se faire plaisir. Telle est la première vocation de l’Art. A minima, à défaut de faire un bon « investissement », vous aurez au moins la plus-value du plaisir procuré de la contempler. Achetez donc une œuvre qui vous touche !
Si malgré tout, votre souhait est de joindre l’utile à l’agréable, et que vous avez envie d’également acheter dans un but disons … patrimonial, et associer le plaisir à une tentative de plus-value, alors voici ce qu’il faut savoir.

  1. Les artistes émergeants : c’est quitte ou double !
    Bien entendu, un artiste émergeant présente l’avantage d’être « encore accessible ». Mise de départ plus basse, risque limité, et si cela se passe bien, potentiel de prise de côte rapide proportionnellement augmentée. Mais alors assurez-vous qu’il s’agisse d’un artiste présenté, soutenu, accompagné par au moins deux, trois galeries professionnelles. C’est le travail de promotion de ces galeries (par des salons, foires, expositions et carnet d’adresse) qui feront que l’artiste gagnera en visibilité et en reconnaissance sur le marché, et en valorisation. Mais c’est souvent comme l’investissement dans les start-ups : il faut investir dans 10 pour avoir une chance que l’une d’entre elles crève le plafond !

  2. Les artistes « valeurs sûres » : patience !
    Il s’agit des artistes qui sont en galeries, plusieurs galeries, et déjà représentés à une échelle internationale. L’inconvénient est que leurs œuvres sont arrivées déjà à un prix souvent inabordable pour beaucoup de personnes… voire une très grande majorité. A moins de se porter sur des petits formats ou des dessins plutôt que des peintures, s’agissant de peintres. Pour autant, ce sont des artistes déjà chez des collectionneurs avertis, qui vont soutenir leur cote, et accompagnés par des professionnels du marché qui vont œuvrer à leur valorisation, dans le temps. Mais progressivement… car méticuleusement, avec professionnalisme. Ceci vous garantissant, sans pourtant d’assurance zéro risque, de voir leur cote augmenter, et donc le prix de l’œuvre en votre possession. Attention cependant… L’histoire de l’Art est faite de tendances, de périodes… Donc sur un temps trop long, un artiste peut se dévaloriser aussi car ne correspondant plus à la « tendance » du marché.

  3. Les Bankables de la spéculation :
    Je ne le dirais jamais assez : le marché de l’art serait régulé comme celui de la bourse, il y aurait pléthore de délits d’initiés, et délits d’entente… Mais ce n’est pas le cas. Il en résulte qu’il est simple, même très simple, sous réserve d’en avoir les moyens financiers, de booster la cote d’un artiste. De plus, il suffit parfois qu’un artiste soit acquis par une star du showbiz qui se prenne en photo devant l’œuvre et poste sur les réseaux sociaux avec le nom du dit artiste, pour voir le marché s’affoler autour de lui… Jackpot… Mais pour cela, effectivement, faut-il être initié aux rouages du marché, de ses tendances, être en veille de bons tuyaux pour profiter de ces effets d’aubaines, et autres manipulations visant à dumper le prix d’un artiste. Et là, autant le dire, on est très très éloigné de toute considération artistique…

 

#3 EN RESUMÉ : LES X CONSEILS A RETENIR

  1.   Achetez de l’art pour vous faire plaisir, la plus-value est une cerise sur le gâteau
  2. Oui, les artistes à plusieurs millions se sont vendus à quelques centaines d’euros à leurs débuts : mais il faut avoir soit l’œil averti pour détecter le Talent, soit un coup de chance, soit avoir des « tuyaux » sur le devenir de l’artiste
  3. Achetez auprès de galeries, de professionnels, ayant fait leurs preuves de détecteurs et promoteurs de Talents (ou d’experts du marketing de l’art)
  4. Ce qui fait grimper la cote d’un artiste : son Talent, et/ou son carnet d’adresse (ou celui de ses galeries), et/ou le nombre et la qualité des collectionneurs qui le soutiennent, une entrée en collection permanente d’une institution (musée, fondation…), et enfin… son décès

 

 

CONCLUSION :

 Il fut un temps où seul le Talent (et un peu de chance pour qu’il soit détecté) était le gage du succès d’un artiste et donc de sa valorisation. Seules les galeries, par leur travail de sélection et de promotion, puis les institutions du monde de l’Art (musées), faisaient (et défaisaient) la cote d’un artiste, en association avec des mécènes amateurs d’Art. C’étaient le Talent et la rareté qui déterminaient les prix.
Mais ce n’est plus le cas.
Aujourd’hui, à cause ou grâce à internet, selon les points de vue, en raison de la mondialisation du marché, et, disons-le, un certain effet d’aubaine autorisé par la totale liberté du marché, tout s’est complexifié, et aussi artificialisé… Et comme évoqué plus haut, pas forcément au service de l’Art au sens noble du terme.

Ce qui me ramène toujours au même credo : faites-vous plaisir, et achetez ce qui vous TOUCHE profondément. Ce doit être votre premier critère de choix.

 

Si vous souhaitez, en plus, « bien acheter », cela demande en effet un peu de recul, de recherches, et je vous invite à lire Psssst 3 dont c’est le sujet ! 

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Article publié par Julien ARBELAITZ